Comment vérifier qu’une attestation décennale est valide : ce que tout artisan et maître d’ouvrage doit savoir
L’attestation d’assurance décennale est un document que l’on produit souvent sans vraiment le lire, et que l’on reçoit parfois sans vraiment le vérifier. Pourtant, une attestation expirée, mal rédigée ou ne couvrant pas les travaux réellement effectués n’offre aucune protection — ni pour l’artisan, ni pour le client. En cas de sinistre, c’est souvent à ce moment-là que les problèmes apparaissent.
Ce guide pratique explique comment vérifier une attestation décennale en quelques minutes, quels éléments examiner en priorité, et comment réagir si quelque chose ne correspond pas. Il s’adresse aussi bien aux professionnels du bâtiment qui souhaitent s’assurer de la validité de leur propre contrat ou de ceux de leurs sous-traitants qu’aux maîtres d’ouvrage, particuliers ou entreprises, qui souhaitent contrôler les garanties d’un artisan avant de lui confier des travaux.
Pourquoi vérifier une attestation décennale ne suffit pas toujours
Remettre une attestation décennale à un client est une obligation légale depuis la loi Macron du 6 août 2015, renforcée par le décret du 5 janvier 2016. Ce document doit figurer sur chaque devis et chaque facture. Mais la loi n’impose pas que quelqu’un vérifie réellement ce qu’il contient.
Or une attestation peut être valide dans sa forme et invalide dans ses effets. Un contrat peut avoir expiré depuis la date de l’attestation. Les activités mentionnées peuvent ne pas correspondre à celles réellement exercées sur le chantier. Le chiffre d’affaires déclaré peut avoir été sous-évalué, ce qui limite la couverture effective. Et dans certains cas, des documents falsifiés circulent — un phénomène marginal mais documenté, notamment sur des chantiers où les sous-traitants sont difficiles à contrôler.
Vérifier une attestation décennale prend moins de cinq minutes. Ne pas le faire peut coûter des dizaines de milliers d’euros.
Les cinq éléments à contrôler sur une attestation décennale
L’identité de l’entreprise assurée
Le nom et le numéro SIRET de l’entreprise mentionnés sur l’attestation doivent correspondre exactement à l’entreprise qui réalise les travaux. Une attestation au nom d’une ancienne société, d’une holding ou d’une entité différente ne couvre pas les travaux de la société qui intervient sur votre chantier. C’est un point souvent négligé, particulièrement lorsqu’un artisan a changé de statut ou de structure juridique depuis la souscription initiale.
La période de validité du contrat
L’attestation mentionne une date de début et une date de fin de la période d’assurance. Elle doit être en cours de validité au moment de l’ouverture du chantier — pas seulement au moment de la signature du devis. Un artisan qui vous remet une attestation valable jusqu’au 31 décembre et dont le chantier démarre en janvier de l’année suivante n’est pas couvert pour ce chantier, même si le document vous a été remis dans les règles.
Les activités garanties
C’est le point le plus technique et le plus souvent mal vérifié. L’attestation doit lister explicitement les activités couvertes par le contrat. Un maçon dont le contrat ne mentionne que “maçonnerie générale” n’est pas couvert s’il intervient sur une charpente ou une couverture. Un électricien dont le contrat ne mentionne pas l’installation de panneaux photovoltaïques n’est pas couvert pour ce type de chantier, même si son attestation est valide par ailleurs.
En cas de doute, la bonne pratique consiste à demander non seulement l’attestation mais aussi les conditions particulières du contrat, qui détaillent précisément les activités garanties et les éventuelles exclusions.
Le numéro ORIAS de l’intermédiaire
Si l’attestation a été délivrée par un courtier ou un agent d’assurance, celui-ci doit être immatriculé au registre ORIAS — le registre officiel des intermédiaires en assurance tenu par l’ACPR. Vérifier ce numéro sur le site orias.fr prend moins d’une minute et permet de s’assurer que l’intermédiaire est bien habilité à exercer.
Le nom de la compagnie d’assurance
L’attestation doit mentionner clairement le nom de la compagnie d’assurance qui porte le risque. En cas de sinistre, c’est cet assureur qui sera sollicité. Il est utile de vérifier que cette compagnie est bien autorisée à opérer sur le marché français, information consultable sur le site de l’ACPR.
Comment vérifier une attestation via le registre ORIAS
Le registre ORIAS (Organisme pour le Registre des Intermédiaires en Assurance) est consultable gratuitement et sans inscription. Il recense l’ensemble des courtiers, agents et mandataires en assurance autorisés à exercer en France.
La vérification se fait en saisissant le numéro ORIAS figurant sur l’attestation ou en recherchant la société par son nom ou son numéro SIREN. Le registre indique le statut de l’intermédiaire, ses habilitations et la validité de son immatriculation. Un intermédiaire absent du registre ou dont l’immatriculation est expirée ne peut pas légalement commercialiser des contrats d’assurance décennale.
Cette vérification est particulièrement utile pour les maîtres d’ouvrage — particuliers ou entreprises — qui reçoivent des attestations de plusieurs artisans différents et souhaitent s’assurer de leur authenticité avant d’engager les travaux.
Artisan : comment vérifier que votre propre contrat vous couvre vraiment
La vérification ne concerne pas uniquement les tiers. Un artisan a tout intérêt à contrôler régulièrement son propre contrat, notamment lorsque son activité a évolué depuis la souscription initiale.
La première question à se poser est simple : les travaux que je réalise aujourd’hui correspondent-ils exactement aux activités déclarées dans mon contrat ? Si vous avez ajouté une prestation, changé de corps de métier principal ou commencé à sous-traiter une partie de vos chantiers, la réponse n’est peut-être plus évidente.
La deuxième question concerne le chiffre d’affaires. Si votre activité a significativement progressé depuis la souscription et que vous n’avez pas revu votre déclaration de CA, vous pouvez vous trouver en situation de sous-assurance — ce qui signifie qu’en cas de sinistre, l’indemnisation ne couvrira pas l’intégralité des dommages.
La troisième question porte sur les chantiers géographiques. Certains contrats limitent la couverture à un territoire précis — la France métropolitaine en général, mais parfois avec des exclusions pour certains départements ou certaines zones à risque sismique, comme c’est le cas dans les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse et une partie du Gard, classés en zone de sismicité modérée. Si vous intervenez à Marseille, Avignon, Nîmes ou dans leur périphérie, il est utile de vérifier que votre contrat ne comporte pas d’exclusion géographique spécifique.
Que faire si l’attestation présente une anomalie ?
Si un artisan constate que son attestation ne couvre pas une activité qu’il exerce, la démarche à suivre est de contacter son courtier ou son assureur pour demander un avenant de modification. Cet avenant prend effet à sa date d’émission — il ne couvre pas rétroactivement les chantiers déjà réalisés sans couverture. D’où l’importance d’anticiper ce type de mise à jour avant d’ouvrir un nouveau chantier dans une activité non encore déclarée.
Si un maître d’ouvrage constate qu’une attestation présentée par un artisan semble incorrecte ou incomplète, il peut légitimement demander à voir les conditions particulières du contrat. Il peut également contacter directement la compagnie d’assurance mentionnée sur l’attestation pour confirmer que le contrat est bien en vigueur à la date des travaux.
Dans les deux cas, un courtier indépendant spécialisé en assurance BTP — présent à Lyon, Marseille, Aix-en-Provence, Avignon, Toulon, Nîmes ou ailleurs dans la région Sud — peut accompagner cette démarche de vérification et proposer des solutions adaptées si des écarts sont identifiés.
Questions fréquentes sur la vérification d’une attestation décennale
Une attestation décennale peut-elle être falsifiée ?
Oui, des cas de falsification existent, notamment dans des contextes de sous-traitance en cascade où le contrôle des documents est difficile. La vérification via le registre ORIAS et un appel direct à la compagnie d’assurance mentionnée restent les moyens les plus fiables pour confirmer l’authenticité d’un document.
L’attestation décennale doit-elle figurer sur le devis ?
Oui. Depuis la loi Macron du 6 août 2015 et son décret d’application du 5 janvier 2016, tout professionnel du BTP soumis à l’obligation d’assurance décennale doit faire figurer sur ses devis et factures le nom et les coordonnées de son assureur, le numéro de contrat, et la couverture géographique du contrat. L’absence de ces mentions expose l’artisan à une amende administrative.
Une attestation décennale valide garantit-elle que les travaux sont bien couverts ?
Pas nécessairement. L’attestation garantit que le contrat était en vigueur à une date donnée, pas que les travaux spécifiques réalisés entrent dans le champ des activités garanties. C’est pourquoi la vérification des activités couvertes dans les conditions particulières est indispensable.
Combien de temps conserver ses attestations décennales ?
La responsabilité décennale courant sur dix ans à compter de la réception des travaux, il est recommandé de conserver toutes les attestations décennales au minimum dix ans après la fin de chaque chantier. Cette précaution est essentielle pour pouvoir identifier l’assureur compétent en cas de sinistre tardif.
Un doute sur la validité de votre couverture décennale ? Un courtier spécialisé en assurance BTP peut analyser votre contrat actuel et vous indiquer si vos activités sont correctement couvertes — sans engagement.

